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Correspondants de presse : les parents très pauvres du journalisme

publié le mardi 20 avril 2010

Voilà un sujet qui ne fait pas la une de la presse...et pourtant ! Les correspondants de presse se comptent par milliers. Années après années, ils sont les piliers de l’information locale sans lesquels la presse quotidienne régionale ne pourrait alimenter ses pages. Mais sans statut véritable, ils sont payés à des niveaux dérisoires. Explications.

L’information locale, « C’est notre véritable fond de commerce », souligne le groupe La Dépêche du Midi dans son tout dernier document stratégique concocté pour la période 2010-2013.

Or, cette information de proximité, qui explique pour l’essentiel la vente de 187 000 exemplaires en semaine - source OJD -, est apportée par près de 2 000 correspondants de presse basés dans la zone de chalandise du journal, c’est à dire Midi-Pyrénées et quelques départements autour, jusqu’au confins du Languedoc-Roussillon et de l’Aquitaine.

Comment sont rémunérés ces travailleurs non salariés dont le statut est défini par une loi de 1987 ? A des niveaux qui feraient peur à un clandestin exploité dans un atelier de couture. 12 euros à déclarer aux impôts au titre des bénéfices non commerciaux : c’est le prix d’un feuillet (*), auxquels peuvent s’ajouter 3 euros par photo... Au maximum, un correspondant peut espérer une rétribution mensuelle de 200 à 400 euros. Une véritable misère quant on sait par exemple, qu’à Toulouse, les pigistes titulaires de la carte de presse sont appointés à 45 euros brut, en moyenne, pour un feuillet également. Un niveau déjà bien faible pour vivre correctement et qui ne leur donne certainement pas le temps d’aller creuser leurs sujets. Alors, s’il arrive que des correspondants copient et collent les communiqués qu’ils reçoivent, peut-on le leur reprocher ?

Bien loin d’un SMIC horaire

A 12 euros brut le feuillet, un niveau qui pourrait d’ailleurs encore baisser à La Dépêche du Midi, de l’avis général, on est très loin de l’équivalent d’un SMIC horaire au regard du temps de production. Or, il n’existe aucune conception juridique de temps travaillé pour les pigistes comme pour les correspondants de presse. Or, si les premiers sont de vrais salariés, les soutiers de la presse sont vaguement assimilés par l’Etat à des travailleurs indépendants, mais qui ne seraient pas immatriculés au registre du commerce ou ni à celui des métiers. Les correspondants sont dès lors voués à être pris dans un étau. D’un côté, ils sont dépendants de l’arbitraire d’un vrai-faux lien de subordination exercé par un employeur qui peut juger, à tout moment de l’emploi ou non d’un article ou d’un correspondant. Quant au prix dérisoire de leurs honoraires, sans aucun encadrement légal, il est soumis aux avatars d’un « marché » libéralisé, le plus dérégulé qui soit. L’autre mâchoire est une limite perverse : si la somme des émoluments mensuels des correspondants excéde 430 euros, le paiement de charges sociales devient obligatoire. Un frein pour candidater à l’obtention de la carte de presse, qui contraindrait l’employeur à une véritable embauche : une condition minimale pour son attribution consiste en effet à l’atteinte d’au moins un demi-SMIC mensuel.

Cette situation absurde existe depuis plusieurs décennies. Elle a été dénoncée il y a quelque mois. L’Association Interdépartementale des correspondants de Presse de France et de Navarre, basée dans la Sarthe, fait voeu de fédérer les revendications, au plan national. Une délégation la représentant a été reçue le 17 septembre 2008 par Emmanuelle Mignon, Maître des Requêtes au Conseil d’Etat, ex-directrice du cabinet de Nicolas Sarkozy, qui les a écouté sagement. Cette rencontre eut lieu un peu avant les Etats Généraux de la Presse, qui ont abordé la question avec l’association sans conduire à aucune proposition. La même année, le député UMP de la Manche Philippe Gosselin avait, à l’Assemblée Nationale, sollicité le gouvernement en abordant le sujet à sa racine : « La circulaire ministérielle NDSS/AAF/A1/93/90 du 1er décembre 1993 relative au statut social des correspondants locaux de presse définit en effet les droits et obligations de ces travailleurs indépendants, mais ne réglemente pas le calcul des honoraires ». Réponse sans appel de Christine Albanel, la ministre de la Culture et de la Communication : « Les entreprises de presse concernées sont et demeurent bien entendu libres de fixer le montant de la rémunération. Une réglementation du calcul des honoraires est en principe exclue. ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Passer par la voie législative

Marie Tibal est la nouvelle présidente de l’Union des Correspondants de Presse. Cette association, créée en 1969 et basée à Toulouse, compte environ 80 adhérents. Elle vise en premier lieu à faire vivre un point de rencontre pour des correspondants qui peuvent se sentir esseulés. « Si nous ne sommes pas un syndicat, il est arrivé que nous ayons pu satisfaire quelques revendications de correspondants. En nous regroupant nous avons pu rencontrer un des dirigeants qui nous a entendu. Nous avons pu établir un dialogue », explique la nouvelle élue de l’association, elle-même correspondante de « La Dépêche » sur la commune de Garidech. « Par contre si l’on pouvait envisager, comme certaines associations le revendiquent, une valorisation du statut de correspondant ce n’est pas auprès de la PQR qu’il serait utile de mener une action mais auprès du législateur » explique-t-elle.

Il faut souligner qu’un nombre non négligeable de plaintes déposées par des correspondants s’estimant abusés ont été jugées positivement par les tribunaux. La requalification de la collaboration en contrat de travail en bonne et due forme, le rattrapage d’arriérés de salaires ont pu être obtenus, certes, au bout de plusieurs années de procédures.

Mais les « class actions », qui permettent, aux Etats-Unis, le regroupement de plaignants en justice, n’existent pas en France. Il reste peut être une solution : rédiger un texte de loi définissant, à minima, un encadrement tarifaire sérieux, que les correspondants de France pourraient pousser auprès de leurs députés. Utopie sans doute...

Frédéric Dessort, Association des Journalistes de Toulouse et de Midi-Pyrénées

(*) Un feuillet est, dans le jargon journalistique, article de 1 500 signes, soit, grosso-modo, une demi-page A4. Précisons qu’au moment de la rédaction de cet article, la grille typologique des articles demandés par « La Dépêche » connait une redéfinition. Elle n’inclut plus d’articles à 1 500 signes, le plus proche devant compter 1 200 signes.

Quelques liens pour approfondir le sujet :

La loi définissant le statut des correspondants de presse

Analyse de Denis Ruellan : Expansion ou dilution du journalisme http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux...

Correspondants de presse et jurisprudence http://www.lexeek.com/jus-luminum/?...

Site de l’Union des Correspondants de Presse, basée à Toulouse http://www.u-c-p.org/index.htm

La contribution de L’Association Interdépartementale des Correspondants de Presse de France et de Navarre (AICP) aux Etats Généraux de la Presse http://www.etatsgenerauxdelapressee...

Blog de l’AICP http://aicpfrance72.unblog.fr/

Blog de correspondants de presse dans la Sarthe

http://corres72.hautetfort.com

Blog de correspondants de presse de l’Hérault http://unepressequotidienne.hautetf...

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