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Pascal Pallas : « Les jeunes qui sortent des écoles de journalisme ont encore une culture trop « print » »

publié le dimanche 13 mai 2018

Editeur du groupe Publihebdos (filiale de Ouest France) en Occitanie, Pascal Pallas coordonne 6 titres et en assure la rédaction en chef (Actu Toulouse, Côté Toulouse, Voix du Midi Toulouse, Voix du Midi Lauragais, la Vie Quercynoise et la Voix du Cantal). Il revient pour l’AJT sur l’évolution de ces journaux dont certains ont acquis une forte marque, et livre son analyse du secteur régional de la presse.

Trois ans après le lancement de Côté Toulouse, vous avez constitué un pôle autour de ce titre, avec le site Actu Toulouse et de la Voix du Midi Toulouse. Comment s’articulent ces supports, en termes de contenus, d’équipe et économique ? Et quel bilan tirez-vous des trois années passées ?

Nous éditons effectivement trois supports à Toulouse. Au plan éditorial, l’articulation est naturelle, chaque support ayant sa vocation éditoriale et sa temporalité. Chaque jour, Actu Toulouse propose toute l’information de Toulouse et son bassin de vie en continu. Très exigeante dans le traitement de l’information, notre rédaction de 8 personnes combine efficacement réactivité et professionnalisme. Parallèlement, cette même équipe édite Côté Toulouse, hebdo gratuit distribué chaque jeudi à 45 000 exemplaires à Toulouse. Journal de fin de semaine, il est tourné vers l’information utile, de loisirs, je dirais « concernante » pour le lecteur. Enfin, la Voix du Midi Toulouse, notre hebdo historique publié depuis plus de 120 ans, offre aux Toulousains un résumé de l’actualité locale chaque semaine. Gérer trois supports en parallèle et leur donner une vraie qualité éditoriale n’est pas facile tous les jours. C’est un défi permanent : il faut une organisation, de la discipline, beaucoup d’exigence individuelle et collective. Mais il faut surtout pouvoir compter sur de très bons collaborateurs ! Notre rédaction est forte de journalistes impliqués et talentueux auxquels je rends hommage. C’est notre force.

«  Le site Actu Toulouse atteint les 2,5 millions de visites mensuelles  »

Aujourd’hui, notre audience, notamment sur le web avec quelque 2,5 millions de visites en avril 2018, les retours de nos lecteurs et notre santé économique, tout-à-fait satisfaisante puisque ce pôle est rentable, nous confortent dans notre choix opéré il y a trois ans et nous encourage à poursuivre notre chemin avec quelques certitudes désormais sur notre méthode !

Quel est le poids de la publicité Internet par rapport à la publicité sur vos supports papier ? Par ailleurs, est-ce que la politique des GAFA peut influer votre stratégie de publication et de marketing et en quoi ? Par exemple, Google a commencé à tester une nouvelle application, le Bulletin, qui promet de concurrencer l’information locale...

A l’heure où, selon plusieurs études, les Français accèdent majoritairement à l’information et à des titres de presse par le digital, nous observons que le « papier » garde encore la confiance des annonceurs publicitaires. Notre angle éditorial comme notre large diffusion en centre-ville y contribuent très certainement. Il n’en reste pas moins vrai que la publicité sur internet connaît une très forte croissance chaque année.

«  A l’heure du digital, les supports “papier” gardent encore la confiance des annonceurs  »

Elle est logique et inévitable. C’est, du reste, bien pour cela que les « GAFA » s’intéressent à la question et deviennent, de fait, de nouveaux concurrents. Cela nous impose de remettre sans cesse le métier sur l’ouvrage, comme l’on dit, de nous poser les bonnes questions, d’être en capacité d’innover, de provoquer notre destin afin de rester attirant pour nos fidèles lecteurs et compétitif pour agrandir notre communauté. En somme, c’est davantage une saine émulation qu’une grande peur qui se dégage de ce nouveau contexte concurrentiel. Et pour les titres de la presse hebdomadaire régionale (PHR), jadis stationnés deux pas derrière la presse quotidienne régionale, les possibilités nouvelles offertes par le digital sont formidables.

Dans votre développement, vous avez rencontré des difficultés de recrutement... pourquoi ?

C’est vrai. En fait, le journalisme web ne me semble pas être encore une priorité dans les écoles de journalisme et formations diverses à notre métier. C’est, du reste, assez curieux, quand on sait qu’à l’heure actuelle c’est le journalisme web qui offre le plus de débouchés. Les carences des jeunes journalistes sont techniques, ce qui n’est pas rédhibitoire, puisqu’une bonne formation peut y remédier, mais elles sont surtout culturelles ! Là, c’est plus grave. C’est paradoxal que les jeunes sortant des écoles, pourtant tous biberonnés à internet et aux smartphones, ont encore une culture très “print” !

«  Les jeunes qui sortent des écoles de journalisme ont encore une culture très print  »

Je lance donc une alerte aux différents cursus et écoles. Il ne s’agit plus d’envoyer les étudiants acheter Libé en kiosque pour se nourrir de la technique du jeu de mots à la Une ou la construction d’un portrait de Der. L’heure est à l’apprentissage du référencement SEO, au « front page editing » et au « community management ». Je crois aussi que les formateurs doivent rester connectés au journalisme web, en l’exerçant dans un média. Car les process et outils changent aussi vite que les saisons. Il faut rester, sans mauvais jeu de mots, à la page.

Entendez-vous utiliser, développer l’usage de la vidéo dans Actu Toulouse ?

Bien sûr ! Car l’heure est aussi plus que jamais aux nouveaux formats et notamment à la vidéo. Aujourd’hui, il est possible d’obtenir d’excellents résultats avec un smartphone et un petit logiciel de montage. Pour le journaliste il ne s’agit pas d’une charge supplémentaire. Il s’agit simplement de concevoir le traitement de l’information autrement et d’appliquer à telle ou telle info, une large palette d’outils. Une vidéo de 30 secondes remplace souvent merveilleusement un feuillet de 1500 signes. Nous formons actuellement, en interne, nos journalistes à ces nouvelles techniques et les premiers résultats sont probants. Mais nous n’en sommes qu’à nos débuts et l’avenir dira quelle stratégie nous adopterons dans ce domaine.

Propos recueillis par Frédéric Dessort, pour l’AJT

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